Mise à disposition en ESN : droits, cadre légal et réflexes à adopter pour les salariés

Une ESN, entreprise de services du numérique, peut vous affecter chez un client pour une mission de conseil, de développement ou d’ingénierie. Vous restez salarié de l’ESN : elle conserve votre contrat de travail, verse votre salaire et exerce son pouvoir d’employeur.
La mise à disposition encadre cette situation lorsque vous travaillez temporairement dans une autre entreprise. Elle ne modifie ni votre employeur ni votre ancienneté. Le client organise toutefois votre activité quotidienne dans les limites prévues par les documents signés.
Vérifiez vos conditions avant de commencer ↓
Quand parle-t-on de mise à disposition ?
Le prêt de main-d’œuvre désigne l’opération par laquelle votre employeur vous confie à une entreprise cliente. En droit du travail, cette opération doit être réalisée à but non lucratif : l’ESN facture au client votre salaire, les charges sociales et les frais professionnels liés à la mission, sans marge sur votre seule mise à disposition.
Dans le conseil, la frontière avec une prestation de services mérite une attention concrète. Une prestation suppose que l’ESN pilote son travail, ses méthodes et ses livrables. Si le client donne directement les consignes, fixe les horaires et contrôle votre travail, la relation peut relever du prêt de main-d’œuvre.
Les documents et votre accord sont obligatoires
Votre accord exprès est requis avant une mise à disposition. L’ESN doit vous remettre un avenant au contrat de travail indiquant le travail confié, les horaires, le lieu d’exécution et les particularités du poste. Refuser cette proposition ne peut ni justifier une sanction ni un licenciement.
Un second écrit lie l’ESN et l’entreprise cliente. Il précise notamment la durée de la mission, l’identité et la qualification du salarié concerné, ainsi que les modalités de facturation. Ces règles figurent aux articles L. 8241-1 et suivants du Code du travail.
Ce que l’avenant doit vous permettre de vérifier
- Le nom du client, l’adresse du site et les modalités de télétravail éventuelles ;
- Les dates prévues, la fonction exercée et le périmètre réel de la mission ;
- Vos horaires, l’astreinte éventuelle et le responsable opérationnel identifié ;
- Les frais de déplacement, de repas et d’hébergement, avec leurs règles de remboursement ;
- Les habilitations, formations sécurité ou accès nécessaires avant la prise de poste.
Quels droits conservez-vous chez le client ?
Votre contrat avec l’ESN continue de produire ses effets. Votre rémunération, votre ancienneté, vos congés payés, votre protection sociale et vos droits à la formation restent attachés à cet employeur. La convention collective Syntec-Cinov, si elle couvre votre contrat, continue aussi de s’appliquer à votre classification ETAM ou cadre.
Le client doit vous donner accès aux installations collectives et aux moyens de transport dont bénéficient ses salariés, dans les mêmes conditions. Il veille aussi aux conditions d’exécution du travail sur son site, notamment en matière de santé et de sécurité. Signalez sans délai à l’ESN et au client tout poste dangereux ou toute consigne de sécurité absente.
Votre salaire ne s’aligne pas automatiquement sur celui d’un salarié du client qui exerce un poste comparable. Vérifiez néanmoins que l’avenant ne réduit aucun élément contractuel : fixe, variable, prime acquise, remboursement de frais ou avantages prévus par votre contrat. Une mobilité géographique peut aussi exiger votre accord si elle dépasse la clause de mobilité applicable.
La fin de mission : retour dans l’ESN et intercontrat
À l’issue de la mise à disposition, vous retrouvez votre poste ou un poste équivalent dans l’ESN. L’emploi proposé doit correspondre à votre qualification, avec une rémunération au moins équivalente. La mission chez le client ne suspend donc ni votre carrière ni vos droits liés à l’ancienneté.
Une période sans mission, souvent appelée intercontrat, ne supprime pas le contrat de travail. L’ESN doit continuer à vous rémunérer selon les règles applicables et peut vous proposer des formations ou de nouvelles affectations compatibles avec votre contrat. Gardez une trace écrite des propositions, des formations suivies et de vos échanges sur votre disponibilité.
Réagir si la mission diffère de ce qui était prévu
Un changement durable de lieu, d’horaires, de fonctions ou de charge de travail mérite un échange formalisé avec votre employeur. Demandez un avenant actualisé lorsque la modification touche un élément prévu dans le premier document. Une simple instruction du client ne suffit pas à modifier votre contrat de travail.
En cas de difficulté, commencez par relire votre contrat, l’avenant et la convention collective applicable. Adressez ensuite un écrit factuel à votre responsable RH : dates, consignes reçues, impact sur les horaires, frais ou fonctions exercées. L’inspection du travail peut renseigner sur l’application du droit du travail, via les services du ministère chargé du travail.
Mise à disposition : les réflexes à garder avant chaque mission
Avant votre arrivée chez le client, obtenez l’avenant signé et contrôlez les conditions concrètes de la mission. Comparez-les avec votre contrat, votre niveau de classification et votre rémunération. Cette vérification évite les désaccords sur les déplacements, le télétravail, les horaires ou le périmètre du poste.
- Conservez une copie datée de l’avenant et des échanges de validation.
- Identifiez votre interlocuteur RH dans l’ESN et votre référent opérationnel chez le client.
- Déclarez vos frais selon la procédure écrite avant d’engager une dépense importante.
- Demandez une clarification écrite dès qu’une consigne sort du périmètre prévu.
- Obtenir l’avenant signé avant votre arrivée
- Vérifier le client, le lieu et le télétravail
- Contrôler les dates, fonctions et périmètre de mission
- Comparer les conditions avec votre contrat et votre classification
- Vérifier horaires, astreinte et responsable opérationnel
- Contrôler les règles de remboursement des frais
- Vérifier les habilitations et formations sécurité nécessaires
- Conserver une copie datée de l’avenant et des validations
- Identifier l’interlocuteur RH et le référent client
- Demander une clarification écrite hors périmètre prévu


